Notre circuit commence au-dessus du port principal, sur le pont où ferries, cargos, paquebots de croisière, lignes de métro et camions se croisent en même temps. Cela paraît chaotique. Mais une fois qu’on en connaît l’histoire, tout prend du sens.
Nous entrons ensuite dans la ville elle-même. Le premier arrêt gastronomique arrive tôt, et c’est voulu : les épiceries que nous visitons ne sont pas de simples boutiques — ce sont des archives en version comestible. Presque tout ce qu’on y trouve remonte à la vague de réfugiés grecs arrivés d’Asie Mineure après 1922 : le pastourmas, le sujuk, les traditions fromagères, les saveurs qui ont traversé la mer Égée avec des gens qui n’avaient rien d’autre à emporter.
Le parcours traverse ensuite le quartier de l’ancien marché. Il s’y passe beaucoup de choses : une église reconstruite après les bombardements de la guerre, une caisse de prévoyance pour marins qui fut l’une des premières institutions de protection sociale en Europe, une tour de l’horloge qui n’existe plus mais dont l’adresse structure encore la rue. Les villes sont faites de couches, et cette partie du Pirée en porte la plupart à la fois.
L’arrêt sucré se fait dans une crèmerie de troisième génération, où vous goûterez la glace au kaimaki et le samali. Ces deux choses semblent simples. Elles ne le sont ni l’une ni l’autre.
Vient ensuite le Théâtre Municipal — néoclassique, imposant, et légèrement inattendu dans une ville portuaire, ce qui est précisément l’intérêt. Juste en dessous, la station de métro abrite le fantôme du Pirée antique : citernes, puits et tracé de rues du Ve siècle avant J.-C., qui ont permis à une cité capable de soutenir un siège et de rester en vie.
L’arrêt souvlaki est, dans son ton, complètement différent de tout le reste — et c’est exactement ce qu’il faut. L’histoire du souvlaki moderne, qui prend lui aussi ses racines dans les communautés réfugiées des années 1920, se raconte mieux le ventre plein.
La dernière ligne droite mène vers Pasalimani et dans le quartier au-dessus de la baie, où des armateurs ont construit des villas avec vue. L’ancien port de Zéa est le dernier arrêt avant la fin : une marina aujourd’hui, mais autrefois bordée de deux cents hangars couverts pour les trières athéniennes. C’est aussi là qu’intervient l’histoire de l’Olympiacos — pourquoi un club de football porte un lion sur son écusson, et pourquoi cela signifie quelque chose de différent ici qu’ailleurs en Grèce.
Le circuit se termine en un beau point de vue sur la mer à Kastella, où vous pourrez prendre un verre au coucher du soleil parmi les habitants, et comprendre pourquoi cette ville sait encore exactement ce qu’elle est.